Alice, jeune stagiaire dans un magazine people, se prend d'affection pour son voisin de palier, Victor charmant vieillard érudit abandonné de tous et sur le point d'être expulsé de son logement. Elle va bientôt trouver une solution à son problème : organiser un concours au sein de son journal dont le gain sera l'adoption de Victor. A l'issu du casting, c'est la famille Saillard qui gagne le droit de l'accueillir. Mais l'arrivée du sémillant octogénaire censée apporter joie et bonne humeur tourne rapidement à l'aigre. Les failles de chacun éclatent au grand jour et bouleversent le cadre d'une famille qui semblait pourtant bien sous tout rapport...
Jeudi 17 septembre à Rouen :
- Cinéma UGC Ciné Cité à 20H, avec Thomas Gilou et Sara Forestier
Vendredi 18 septembre à Aix en Provence :
- Cinéma Cézanne à 21H, avec Thomas Gilou et Lambert Wilson
Lundi 21 septembre à Lyon :
- Cinéma Pathé à 20H30, avec Thomas Gilou
Mardi 22 septembre à Lille :
- Cinéma UGC Ciné Cité, avec Thomas Gilou et Pierre Richard
Jeudi 24 septembre à Bordeaux :
- Cinéma UGC Ciné Cité, avec Thomas Gilou et Antoine Duléry
Mardi 29 septembre à St Herblain :
- Cinéma Pathé, avec Thomas Gilou
Mercredi 30 septembre à Brest :
- Cinéma Multiplexe, avec Thomas Gilou
Qu'est-ce qui vous a intéressé dans le roman de Michèle Fitoussi, dont Victor est adapté ?
Thomas Gilou : Farid Lahouassa, le producteur de Vertigo, m'a conseillé de le lire. C'est un roman très vivant, truffé de répliques savoureuses et souvent assez cinématographiques. L'idée de le transposer sur grand écran et de travailler le scénario avec, notamment, Lisa Azuelos, dont j'apprécie le travail, m'a immédiatement séduit. Je trouve cette histoire à la fois dense et originale, elle aborde une multitude de sujets de société, dont un qui me paraît crucial : comment s'occuper des personnes âgées ? Il existe de moins en moins de structures pour les accueillir alors que de plus en plus de vieux souffrent de solitude, n'ont pas de famille et se retrouvent dans une situation de précarité. C'est notamment le cas de Victor, qui risque de devenir SDF s'il ne trouve pas fissa une solution. Le roman m'a d'autant plus intéressé qu'il parlait de cette réalité avec légèreté et humour.
Comment définiriez-vous Victor ?
T. G. : Il témoigne d'une époque révolue, où il n'était pas obligatoire de respecter les règles, d'entamer de longues études ou une carrière pour s'assurer un avenir. Victor n'est pas habitué à la dureté et à la rigidité de notre société actuelle, et comme il a suivi un parcours assez chaotique, il a fini par se marginaliser. Il est actuellement en grande difficulté, mais son intelligence, sa roublardise et son instinct de survie vont heureusement lui permettre de rebondir. Victor a aussi un côté un peu anar, comme Boudu, il est prêt à mettre le bordel là où il passe...
Notamment chez la famille Saillard, qui va l'adopter...
T. G. : Guillaume et Sylvie Saillard se sont depuis longtemps installés dans une routine. Rares sont aujourd'hui les couples qui restent ensemble durant 30 ou 40 ans, voire toute une vie. Rester ensemble implique des compromis et des renoncements qui engendrent des frustrations, en particulier dans une société de tentation permanente et basée sur la marchandisation du désir. Sylvie, nutritionniste très à cheval sur l'éducation de ses enfants, se démène malgré tout pour maintenir le cap. Je trouve son combat estimable, elle véhicule des valeurs positives, même si les règles strictes qu'elle impose paraissent rébarbatives à ses gosses et son mari et laissent peu de place à la fantaisie. Les Saillard auraient-ils un jour ou l'autre traversé une tempête ? C'est fort probable. Toujours est-il que l'arrivée de Victor, qu'ils ont adopté à la suite d'un concours organisé par un journal people, va accélérer les choses. Dès le premier jour, Victor, sans-gêne, marque son territoire en accrochant son tableau au mur et en déplaçant le fauteuil du salon. Il est comme un coucou qui s'installe dans son nid. Il va s'imposer, il va profiter des espaces qui lui sont offerts. Il va apporter de la vie et surtout, il va faire éclater le carcan bourgeois et trop étriqué dans lequel vit cette famille.
Un peu comme dans Théorème, de Pasolini ?
T. G. : à ceci près que Théorème avait une dimension sexuelle et christique que l'on ne retrouve pas ici. Mais j'ai en effet beaucoup pensé au chef-d'oeuvre de Pasolini. On s'apercevra au final que Victor va amener chacun des membres de cette famille à s'ouvrir au monde, à se perdre pour mieux se trouver, à subir des épreuves pour ensuite être plus à l'écoute de leurs envies. Guillaume s'en rendra d'ailleurs compte et remerciera Victor d'avoir vécu cette expérience dont il retirera beaucoup.
Victor n'est pourtant pas un saint, loin de là...
T. G. : Il dévoile en effet progressivement quelques traits de sa personnalité que l'on ne soupçonnait pas et l'on découvrira même qu'il cache un passé trouble. Le dessiner avec quelques gros travers donnait du piquant et un humour un rien corrosif à cette histoire. Il me fait penser à ces personnages à la fois insupportables et attachants, trop humains, qui nous enchantaient dans les comédies italiennes des années 70, de Vittorio Gassman à Alberto Sordi. Quoi qu'il fasse, même s'il dupe son monde et se comporte parfois comme une crapule, je tenais à ce qu'il reste sympathique aux yeux du public. Pierre Richard, qui inspire d'emblée la sympathie, était l'un des seuls à pouvoir arriver à ça.
A quel moment avez-vous songé à lui pour le rôle pivot de Victor ?
T. G. : Durant la deuxième phase d'écriture. L'idée, ce n'était pas d'écrire un personnage façonné pour lui, mais qu'il se fonde dans ce personnage, par ailleurs éloigné de ceux qu'il a déjà interprété. J'ai eu de la chance qu'il s'enthousiasme immédiatement pour le projet. Pierre est quelqu'un de très sain, très humble. Ayant compris qu'il s'agissait d'un film choral, il ne voulait pas en être la vedette, il tenait à ce que chacun des comédiens ait sa partition. Il a un sens du partage rare pour un acteur de sa trempe.
Comment dirige-t-on un comédien aussi expérimenté ?
T. G. : Au début, j'avoue que j'étais un peu intimidé. Mais il est tellement modeste et pro qu'il m'a de suite mis à l'aise. Je lui ai donné quelques indications, mais c'est lui-même qui a construit son personnage. Pierre est un bon vivant, il a le sourire quand il travaille. S'il reste un acteur burlesque génial, il me semble également qu'il a acquis une maturité incroyable. On le remarque notamment vers la fin, lors d'une scène où il ne parle pas. En ne faisant rien, il incarne tout. Son visage, la beauté de ses traits, il se dégage une profonde émotion de lui. Et puis on lit tellement de choses dans son regard. C'est la marque des plus grands. On ne l'a jamais vu dans un tel rôle et j'ai l'impression qu'il entame une deuxième vie d'acteur. C'était une magnifique rencontre.
Un mot également sur les comédiens qui l'entourent...
T. G. : Clémentine Célarié me semblait parfaite pour le rôle de Sylvie. C'est une grande comédienne, dynamique, mais aussi capable de ne pas se mettre en avant et de laisser exister ses partenaires. Elle s'est délectée à composer son personnage de femme psychorigide. Tout comme Lambert Wilson, d'ailleurs, qui campe l'odieux rédacteur en chef Courcelle. Il adore changer de tête, et il n'a pas hésité à se blanchir les cheveux. Il travaille à l'américaine, c'est-à-dire qu'il est obsédé par les détails physiques et vestimentaires, ça l'aide à se glisser dans la peau de son personnage. Lambert a également beaucoup d'humour sur lui-même, c'est appréciable. Concernant Antoine Duléry, je crois qu'il est tout bonnement l'un des meilleurs seconds rôles de sa génération. Il incarne mieux que personne le Français moyen, les spectateurs s'identifient à lui. Pour interpréter Guillaume Saillard, je lui ai demandé d'être naturel, d'aller chercher des sentiments authentiques. Je n'oublie pas Sara Forestier, que je connais de longue date et avec laquelle j'avais envie de travailler depuis longtemps. Elle a une fraîcheur et une énergie folles. Elle n'a pas de tic d'actrice. Elle aime être dirigée et elle a parfaitement compris la trajectoire d'Alice, de cette jeune journaliste naïve et gonflée d'idéal qui s'armera petit à petit de cynisme pour survivre dans cette société. Alice m'évoque certains personnages de Woody Allen.
Victor est un film choral, avec de multiples personnages, comme très souvent dans vos films...
T. G. : Plus on est de fous, plus on rit. Pour une comédie, mieux vaut donc qu'il y ait le maximum de fous. Je constate que, sur un tournage, je préfère largement être entouré de nombreux comédiens. Je constate également que j'ai en effet une réelle préférence pour les histoires collégiales. Mais je veille à ce que chacun des personnages ait son propre parcours, sa propre évolution. Et en général, j'aime tous mes personnages. Même des types comme Courcelle. Il est hypocrite, horriblement manipulateur, il est prêt à coucher avec Sylvie pour que son opération "adoption" fonctionne, mais malgré tout, sa démesure m'amuse.
C'est la première fois que vous vous inspirez d'un livre pour écrire un scénario. Etait-ce plus ou moins compliqué que d'écrire un film dont vous avez vous-même imaginé le sujet ?
T. G. : Cela ne change pas grand-chose. En revanche, cela permet d'avancer de manière nettement plus sereine. Je me souviens avoir planché sur un scénario pour me rendre compte, six mois plus tard, qu'il ne menait nulle part. Quelle déception et quelle perte de temps. Sur Victor, sachant que je m'appuyais sur un matériel déjà existant et qui fonctionnait, je ne doutais pas de l'issue. Il a bien sûr fallu apporter quelques modifications. Nous avons notamment étoffé quelques passages, comme l'enquête que fait Alice pour découvrir la vérité sur Victor. Mais dans l'ensemble, nous sommes restés très fidèles au roman.
Considérez-vous Victor comme un film sur les communautés, au même titre que Black Mic Mac ou La vérité si je mens ?
T. G. : Absolument ! La communauté que je scrute ici à la loupe s'appelle la famille française, et elle m'apparaît tout aussi exotique que n'importe quelle autre communauté. Je me suis plus particulièrement penché sur celle du XVe arrondissement de Paris, qui est relativement bourgeoise. Je me suis documenté, je me suis attaché à être le plus réaliste possible. Je suis allé dans des immeubles pour savoir comment les gens vivaient. Le décor que l'on a recréé en studio n'est autre que le reflet d'un appartement que j'avais visité. De même, d'ailleurs, que la rédaction de Global est la réplique de celle du magazine Closer, qui nous a gentiment ouvert ses portes et expliqué son fonctionnement.
Si votre film parle de la presse people, vous vous gardez bien de poser un regard critique sur elle...
T. G. : Ce n'est pas mon rôle de porter un jugement sur ce qu'il faut lire ou ne pas lire. Je n'achète pas nécessairement de journaux people, mais quand j'en tiens un entre les mains, je le feuillette, comme tout le monde. Ils ne jouissent pas d'une image aussi prestigieuse que d'autres, mais il n'y a aucune raison de les mépriser pour autant. Ce genre de magazine entretient un lien de proximité extrêmement fort avec ses lecteurs. Aujourd'hui, alors que la politique se pipolise, il me semble que les Voici ou les Closer sont bien souvent mieux informés sur les hommes d'état que n'importe quel quotidien ou hebdomadaire réputé sérieux.
Presse people, Internet, soirée poker, maman nutritionniste : vous avez ancré votre film dans une réalité très actuelle...
T. G. : Lisa Azuelos est très sensible à ce genre de détails et on peut en effet aussi concevoir Victor comme une sorte de radiographie de la France d'aujourd'hui. On voulait que tout sonne juste et vrai. Il paraît même que cette histoire de concours pour adopter un vieux a réellement eu lieu en Italie.
C'est également un film où, de Victor à Sylvie, sans oublier Courcelle, la plupart des personnages passe leur temps à mentir. Encore un symptôme de notre époque ?
T. G. : N'oubliez pas que j'ai réalisé La vérité si je mens ! (rires) Si, à mon sens, le mensonge s'est démocratisé, et qu'il n'est plus l'apanage que des politiciens, il reste surtout l'un des fondements de la comédie. Il permet de créer une multitude de situations drôles ou originales.
Au final, et même s'il est réaliste, Victor ne tient-il pas autant de la fable que de la comédie ?
T. G. : à mes yeux, Victor prend en effet des allures de fable. J'ai d'ailleurs essayé visuellement de m'éloigner de la comédie pure, en optant pour le format Scope, ou en choisissant une lumière avec du caractère. La texture d'images rappelle également les comédies italiennes des années 70, un genre dans lequel s'inscrit Victor . C'est un film au ton doux-amer, dans lequel je n'ai pas non plus hésité à inclure des bons sentiments. Et de l'émotion. à mon sens, les comédies qui ne procurent aucune autre émotion que le rire donnent un sentiment de vide et s'oublient assez vite.
Conseillez-vous aux spectateurs d'emmener leur grand-père avec eux quand ils iront voir Victor ?
T. G. : Leur grand-père, leur grand-oncle et pourquoi pas leur voisin octogénaire. Mais Victor est un film qui s'adresse à toute la famille.
Propos recueillis par Laurent Djian
filmographie
2009 Victor
2007 Michou d'Auber
2005 Le temps n'efface rien (documentaire)
2004 éclats de Cendrars (documentaire)
2002 Paroles d'étoiles (documentaire)
2001 La vérité si je mens ! 2
1999 Chili con carne
1997 La vérité si je mens
1995 Raï
1995 Double peine (téléfilm)
1987 Chamane (court métrage)
1986 Black Mic Mac
1984 La combine de la girafe (court métrage)
1980 Rebel rock ! (court métrage)
1979 Géneral Lee et ses Teddy Boys (documentaire)
Peut-on dire que Victor marque votre grand retour sur les écrans ?
Pierre Richard : Je ne me suis jamais véritablement éloigné des plateaux de tournage, même si ces dernières années, il est vrai que j'ai surtout joué des seconds rôles, comme dans Faubourg 36, Le serpent ou King Guillaume. Victor marque donc mon retour sur grand écran dans le sens où je tiens le rôle pivot d'un film, et qui plus est d'un film populaire.
Ressentez-vous une certaine frustration à ne pas travailler davantage pour le cinéma ?
P. R. : En aucun cas puisque je tourne en moyenne un film par an et que je multiplie les aventures sur scène. J'ai largement de quoi m'occuper. Si je ne m'investis pas plus au cinéma, c'est par choix : quel intérêt aurais-je à consacrer deux ou trois mois de ma vie à un scénario auquel je ne souscris pas entièrement, sur lequel j'ai des bémols ? Je préfère être patient et attendre un bon projet.
En quoi Victor était-il un bon projet à vos yeux ?
P. R. : Bien souvent, en lisant un scénario, quand un rôle me plaît, j'ai tendance à ne me focaliser que sur lui et à occulter tout le reste, à ne pas remarquer les failles de l'histoire. Ce sont les proches à qui je demande ensuite conseil qui m'ouvrent les yeux. Cette fois, avec Victor, je me suis autant concentré sur mon personnage que sur la construction, et j'ai été emballé. Une bonne comédie n'est en général rien d'autre qu'une bonne tragédie que l'on décale très légèrement, dont on modifie le prisme. C'est le cas ici et cela m'a beaucoup plu. Au départ, Victor s'apprête à être expulsé de sa chambre de bonne et à se retrouver à la rue. Hormis sa jeune voisine qui lui apporte de la soupe, personne ne se soucie de son sort. à bien y réfléchir, on nage en plein drame. C'est le regard que porte l'auteur sur cette histoire qui la transforme en comédie. J'ai beaucoup aimé le regard de Thomas Gilou, ainsi que la justesse avec laquelle il dépeint notre société.
Victor est un personnage bien plus ambigu que les gentils lunaires que vous avez l'habitude d'interpréter...
P. R. : C'est justement ce qui m'a attiré. Victor correspond parfaitement au genre de personnage que j'ai envie de jouer aujourd'hui. J'aime sa complexité. J'aime que sa véritable nature se dévoile progressivement tout au long du récit. Il est vieux, il est malade, mais l'on va vite s'apercevoir qu'il n'est pas si vieux et si malade que ça. Il est geignard, il se plaint sans cesse, mais dès que les invités ont fermé la porte, il fait un bond, saute du lit comme un athlète et va se fumer une cigarette. A contrario, quand on le pense malhonnête, arnaqueur, sans coeur, il peut se révéler serviable et avoir un geste généreux. Il est insaisissable, Victor. C'est ce qui fait son charme et son intérêt.
Quel rôle va-t-il jouer au sein de cette famille du XVe arrondissement, les Saillard ?
P. R. : Victor, c'est aussi une sorte de Boudu aux couleurs d'aujourd'hui. Il est plus calculateur que Boudu, mais il va révéler la nature de chacun ainsi que toutes les mesquineries bourgeoises d'une famille très représentative de notre société actuelle. Victor n'agit pas par méchanceté, il cherche avant tout à servir ses propres intérêts. La mère, qui n'est pas dupe, va immédiatement le prendre en grippe. Elle comprend également qu'il constitue une menace pour l'équilibre de son foyer et que lui non plus n'est pas dupe quant à sa liaison avec le rédacteur en chef de Global. Entre cette femme, une nutritionniste portée sur le bio et les légumes vapeur, et lui, amateur de charcuterie et de viande rouge, la guerre est inévitable. Victor va heureusement trouver des alliés, dont le mari, qu'il va se mettre dans la poche, et les enfants, à qui il apprendra à jouer au poker. Il y a une causticité dans cette comédie qui n'est pas pour me déplaire.
En avez-vous déjà croisés, des spécimens comme Victor dans votre vie ?
P. R. : Oh oui, plein ! Des énergumènes plus jeunes que Victor, mais qui s'accrochent à vous, qui profitent de vous. Ils sont généralement fainéants, mais aussi très sympathiques et très drôles. Remarquez, s'ils étaient odieux, ils se feraient virer au bout de deux jours. Comme ils m'amusaient, j'acceptais donc qu'ils vivent à mes crochets, même si au bout d'un certain temps je me rendais compte qu'ils me coûtaient quand même un peu trop cher pour ce qu'ils me faisaient rire.
Le Victor du film est en effet lui aussi sympathique...
P. R. : Pour ma part, je le trouve même très attachant, malgré ses travers et ses combines. Cela dit, interprété par un autre acteur, il aurait pu apparaître franchement détestable. Ne pensez pas surtout pas que je me jette des fleurs, ce n'est pas mon genre, mais j'ai cette faculté de rendre n'importe quelle ordure sympathique.
Thomas Gilou partage entièrement votre point de vue. Mais à votre avis, d'où vient cette faculté ?
P. R. : C'est moins une question de talent que de nature. Je n'ai en effet rien d'un héros shakespearien, sombre et torturé. J'aurais bien aimé, mais je ne le suis pas. Je suis solaire, j'incarne le grand blond avec un large sourire et on me donne le bon dieu sans confession. J'ai également incarné un nombre incalculable de fois les timides et les maladroits. Les spectateurs s'attachent à ce genre de personnage inadapté, et ils gardent encore cette image de moi.
Comment vous êtes-vous glissé dans la peau de Victor ?
P. R. : Hormis une ou deux fois dans ma carrière, je n'ai jamais eu à effectuer un travail de composition. Je n'ai pas eu non plus un grand effort à fournir pour incarner Victor : la barbe, les cheveux longs et la cigarette avec la cendre qui tombe sur le pull-over, c'est moi tout craché. Ensuite, selon les scènes, je n'ai plus qu'à fixer la caméra avec un regard suppliant ou à faire apparaître une lueur de malice dans l'oeil, et le tour est joué.
Vous rendez-vous compte que vous avez rarement été aussi émouvant que dans Victor ? Thomas Gilou, le premier, a été bouleversé par votre prestation...
P. R. : C'est la vie, les coups durs et les emmerdes qui vous apportent cette maturité, ces rides de l'âme. Très peu de cinéastes ont finalement eu la curiosité de creuser en moi pour y entrevoir mes fêlures. Thomas a perçu cette dimension et m'a demandé de l'exploiter, j'en suis ravi. Cela dit, contrairement aux idées reçues, il me semble moins complexe d'émouvoir que de faire rire.
C'est-à-dire ?
P. R. : Le rire exige une précision et un sens du timing hallucinants, j'avais un trac épouvantable quand je tournais des comédies. Pour émouvoir, il suffit de se souvenir du souci de la veille ou de la personne proche que l'on a perdue il y a huit jours. C'est en tous les cas ma manière de fonctionner.
Saviez-vous que Thomas Gilou, durant les deux premiers jours de tournage, se sentait intimidé face à vous ?
P. R. : Ah non ? C'est vrai ? En fait, beaucoup de jeunes cinéastes me disent ça, et je continue de m'en étonner. Il me semble néanmoins que j'arrive très vite à les mettre à l'aise. En tous les cas, j'ai pris un plaisir immense à travailler avec Thomas. Il est directif, mais sans être agressif. Il propose, mais il n'ordonne pas. Plutôt que de vous corriger devant toute l'équipe, il a l'extrême délicatesse de venir vous glisser ses suggestions à l'oreille. Ses interventions me paraissaient d'ailleurs toujours justifiées. Alors que ma nature m'incitait à en faire parfois un peu trop, à porter mon personnage plus haut, Thomas, lui me réfrénait, m'invitait à aller vers plus de retenue, vers plus de subtilité, et il avait parfaitement raison. Son calme m'a aussi beaucoup impressionné. Je suis sûr que c'est un angoissé, qu'il était nerveux et rongé de l'intérieur. Je suis sûr qu'il dormait peu et qu'il était épuisé. Et bien malgré tout, à aucun moment il n'a montré le moindre signe de fatigue, de panique ou d'énervement. Il n'arrivait jamais de mauvaise humeur sur le plateau, il parvenait à cacher ses émotions. Les négatives, comme les positives d'ailleurs. Thomas n'est en effet pas du genre à s'extasier à chaque fin de prise. Il a attendu trois semaines avant de me faire un compliment. Mais un compliment magnifique, sincère, et dont je me souviendrai longtemps.
Qu'est-ce qui a été le plus plaisant durant ce tournage ?
P. R. : Le fait d'être entouré de nombreux autres comédiens ! Au cours de ma carrière, j'ai la plupart du temps tenu le haut de l'affiche tout seul ou en tandem. Là, je me suis régalé à donner la réplique à de multiples acteurs, à tourner des scènes de dîners avec huit personnes. J'ai également fait de belles rencontres. Sara Forestier et Clémentine Célarié ont fait preuve d'une énergie incroyable. J'ai adoré la drôlerie aristocratique de Lambert Wilson. Quant à Antoine Duléry, il me rappelle le grand Michel Serrault, qu'il imite par ailleurs très bien.
Quelle place tiendra Victor dans votre filmographie ?
P. R. : Une place essentielle. Je considère un peu ce film comme une antichambre : il m'a donné l'envie, le goût voire la certitude que je peux encore gravir les échelons de la tragédie. Bien qu'il reste dans le registre de la comédie, Victor est un héros plus sombre et plus ambivalent que mes personnages habituels. J'aimerais maintenant essayer de jouer un type odieux, une ordure indéfendable. Cela serait un pari formidablement excitant.
filmographie
2009 CINÉMAN de Yann MOIX VICTOR de Thomas GILOU
2008 LE BONHEUR DE PIERRE de Robert MENARD
KING GUILLAUME de Pierre-François MARTIN-LAVAL
FAUBOURG 36 de Christophe BARRATIER
2006 LE SERPENT de Eric BARBIER
ESSAYE-MOI de Pierre-François MARTIN-LAVAL
2005 LE CACTUS de Michel MUNZ et de Gérard BITTON
2004 EN ATTENDANT LE DÉLUGE de Damien ODOUL
2003 MARIÉES MAIS PAS TROP de Catherine CORSINI
2000 27 MISSING KISSE de Nana DJORDJADZE - Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2000
1997 DROIT DANS LE MUR de Pierre RICHARD
1996 LES MILLES ET UNE RECETTES DU CUISINIER AMOUREUX de Nana DJORDJADZE - Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes1996, Prix d'interprétation masculine au Festival de Karlovy Vary (République Tchèque), s électionné pour représenter la Géorgie aux Oscars 1997
1995 L'AMOUR CONJUGAL de Benoît BARBIER
1994 LA PARTIE D'ÉCHECS de Yves HANCHAR
1993 LA CAVALE DES FOUS de Marco PICO - Premier prix du Festival du film de comédie de Vevey1993
1992 VIEILLE CANAILLE de Gérard JOURD'HUI
1991 ON PEUT TOUJOURS RÊVER de Pierre RICHARD
1990 BIENVENUE À BORD de Jean-Louis LECONTE
1988 À GAUCHE EN SORTANT DE L'ASCENSEUR de Edouard MOLINARO
MANGECLOUS de Moshe MIZRAHI
1986 LES FUGITIFS de Francis VEBER
1984 LE JUMEAU de Yves ROBERT
1983 LES COMPÈRES de Francis VEBER
UN CHIEN DANS UN JEU DE QUILLES de Bernard GUILLOU
1981 LA CHÈVRE de Francis VEBER
1980 LE COUP DU PARAPLUIE de Gérard OURY
C'EST PAS MOI C'EST LUI de Pierre RICHARD
1978 LA CARAPATE de Gérard OURY
JE SUIS TIMIDE MAIS JE ME SOIGNE de Pierre RICHARD
1976 ON AURA TOUT VU de Georges LAUTNER
LE JOUET de Georges LAUTNER
LES NAUFRAGES DE L'ÎLE DE LA TORTUE de Jacques ROZIER
1975 TROP C'EST TROP de Didier KAMINKA
LA COURSE À L'ÉCHALOTTE de Claude ZIDI
1974 LA MOUTARDE ME MONTE AU NEZ de Claude ZIDI
LE RETOUR DU GRAND BLOND de Yves ROBERT
JULIETTE ET JULIETTE de Rémo FORLANI
UN NUAGE ENTRE LES DENTS de Marco PICO
1973 LA RAISON DU PLUS FOU EST TOUJOURS LA MEILLEURE de François REICHENBACH
JE SAIS RIEN, MAIS JE DIRAIS TOUT de Pierre RICHARD
1972 LE GRAND BLOND AVEC UNE CHAUSSURE NOIRE de Yves ROBERT
LES MALHEURS D'ALFRED de Pierre RICHARD
1971 LA COQUELUCHE de Christian-Paul ARRIGHI
1970 LE DISTRAIT de Pierre RICHARD
1968 ALEXANDRE LE BIENHEUREUX de Yves ROBERT
VERTIGO PRODUCTIONS présente Victor, un film de THOMAS GILOU avec Pierre RICHARD, Lambert WILSON, Clémentine CÉLARIÉ, Antoine DULÉRY, Sara FORESTIER
Scénario Lisa AZUELOS et Thomas GILOU
En collaboration avec Jean Marie Zovaro et Maléna Santillana
D'après le roman de Michèle Fitoussi Editions Grasset & Fasquelle
Les acteurs
VICTOR - Pierre RICHARD
COURCELLE - Lambert WILSON
Sylvie SAILLARD - Clémentine CÉLARIÉ
Guillaume SAILLARD - Antoine DULÉRY
ALICE - Sara FORESTIER
PACO - Mohamed HICHAM
MÈRE DE SYLVIE - Marie-France MIGNAL
HYACINTHA - Jacqueline CORADO DA SILVA
Félix SAILLARD - Raphaël BONGIORNO
Marguerite SAILLARD - Manon CHEVALIER
L'équipe technique
Production déléguée : VERTIGO PRODUCTIONS
Coproduction : TF1 INTERNATIONAL M6 FILMS BY ALTERNATIVE
Réalisateur : Thomas GILOU
1er Assistant réalisateur : Maurice HERMET
Scripte : Barbara CONSTANTINE
Casting : Fabienne BICHET
Producteurs exécutifs : Farid CHAOUCHE Denis Penot
Régisseur général : Pascal PONS
Directeur de la photographie : Jean-Marie DREUJOU
Cadreur : Yves AGOSTINI
Photographe de plateau : Etienne GEORGE
Chef opérateur du son : Philippe LECOEUR
Créatrice des costumes : Annie BERTAUX PERIER
Chef maquilleuse : Laurence AZOUVY
Chef coiffeuse : Ghislaine TORTEREAU
Chef décorateur : Ivan MAUSSION
Chef monteur : Joël JACOVELLA
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